17/01/2013

Afrique : comment le mobile profite à l'éducation

Si l'Afrique manque de professeurs, elle ne manque pas de mobiles... Pour rendre accessible l'éducation au plus grand nombre et faire circuler facilement le savoir, de nombreuses initiatives s'appuient sur le téléphone portable. Des expérimentations bienvenues quand on sait que 10 millions d'élèves abandonnent, chaque année, l'école primaire en Afrique sub-saharienne. Que la plupart des enfants de quinze ans ne sont plus scolarisés. Qu'il manque des centaines de milliers de professeurs.

L'école n'est pas toujours accessible, parfois trop éloignée, parfois trop onéreuse, parfois jugée inutile par les parents, qui refusent d'y envoyer leurs enfants – surtout les filles. Quant à ceux qui peuvent s'y rendre, cela ne suffit pas toujours. Le matériel pédagogique est rare, parfois inexistant. Les professeurs manquent souvent de formation, d'outils et les élèves peuvent rarement travailler une fois rentrés chez eux.

Comment remédier à tous ces obstacles ? Le mobile pourrait apporter un élément de réponse. Accessible (la moitié de la population Africaine en possède), bon marché, disponible partout à toute heure du jour et de la nuit, aussi bien pour les filles que pour les garçons... L'apprentissage sur mobile est indépendant des contraintes de lieu, de temps, de genre et, dans une certaine mesure, d'argent. Le rapport e-learning Africa 2012 (PDF) lui attribue trois utilités :

  • Améliorer la qualité de l'éducation
  • Développer les compétences du XXIème siècle
  • Rendre accessible l'éducation dans les zones les plus reculées

Concrètement, à quoi ressemble le “m-learning” ? En voici quelques exemples.

1/ M-Prep : réussir au primaire
Fondé en 2011 par des enseignants kenyans, cette plateforme à but non-lucratif aide les élèves à obtenir le Kenya Certificate of Primary Education (KCPE), un diplôme déterminant pour la suite de leur parcours scolaire. Accessible sur internet ou par SMS, M-Prep propose des quizz de 18 questions sur différentes matières, comme les maths ou l'histoire. Ce contenu est réalisé en partenariat avec le ministère de l'Education kenyan, afin de coller au mieux au programme du KCPE. Objectif : compléter le travail effectué en classe et permettre aux élèves de s'entraîner et de progresser, y compris hors des murs de l'école. La plateforme propose aussi aux parents et aux enseignants de suivre en temps réel la progression des enfants, et de la comparer à celle des écoles voisines. Les fondateurs de M-prep espèrent ainsi motiver élèves, parents et professeurs à se surpasser. Actuellement, M-Prep accompagne plus de 4.000 élèves dans 84 écoles.

2/ Yoza : des livres pour tous
51% des foyers sud-africains ne possèdent aucun livre et seulement 7% des écoles disposent de bibliothèques (étude en PDF). Les livres sont chers, et rarement acheminés dans les zones rurales. Il est donc difficile pour les élèves de s'approprier la lecture hors de l'école. C'est pourquoi la fondation Shuttleworth a lancé Yoza Cellphone Stories, une application permettant de télécharger des livres sur son mobile. De Shakespeare à Maupassant en passant par des poèmes ou des récits contemporains, les utilisateurs ont l'embarras du choix. Et pour motiver la lecture, Yoza leur permet aussi de commenter les livres et d'échanger avec la communauté. En 18 mois d'existence, ces m-lecteurs ont dévoré 470.000 récits dans leur intégralité et publié pas moins de 47.000 commentaires.

3/ Momaths : les maths, version sociale
Pour se développer, un pays a besoin d'enfants éduqués... et si possible de futurs ingénieurs. C'est la raison pour laquelle Nokia a souhaité mettre l'accent sur les mathématiques en lancant l'application Momaths en Afrique du Sud, au Sénégal, au Nigéria et en Tanzanie. Elle propose de nombreuses fonctionnalités basées sur les programmes scolaires de plusieurs niveaux. Théorie, exercices, tutorat, entraînement aux examens... Le tout fonctionne notamment sur Mxit, un réseau social mobile à succès, ce qui encourage les utilisateurs à échanger entre eux et à se motiver mutuellement. En Afrique du Sud, Momaths a fait ses preuves auprès de 50.000 élèves dans 200 établissements, dont les résultats en maths sont supérieurs à ceux n'utilisant pas cet outil. Objectif pour 2013 : diffuser un programme à destination des enfants non-scolarisés et aux adultes.

Une population qui intéresse de plus en plus les concepteurs de programmes de m-learning. Comme Cell-ed, une application développée en Californie et qui vise les adultes analphabètes du monde entier et en particulier les femmes. En utilisant simultanément la voix et le SMS, Cell-ed espère enseigner les bases de l'écriture et de la lecture à ceux qui ont été privés d'éducation. Le projet va même plus loin en envisageant de récompenser ses utilisateurs, à chaque niveau accompli, avec des micro-paiements.

Article basé sur le mémoire d'Hélène Smertnik "The use of the mobile phone as a tool for development. Focus on the case of Kenya"

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Commentaires

Je viens de lire l'article je suis d'accord, mais pensez vous que le M-Learning soit la vraie solution?

Écrit par : Marine | 05/09/2013

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