04/06/2012

L'open source au service de l'humanitaire

Logiciel open source ou propriétaire ? Ce débat pourrait paraître réservé aux puristes, et bien loin des préoccupations des ONG. Et pourtant, l'utilisation de l'open source dans le domaine de l'humanitaire n'a rien d'anodin et a permis quelques avancées considérables ces dernières années.

Open source, kesako? Il s'agit d'une licence autorisant "la libre redistribution" et "l'accès au code source" d'un logiciel, selon Wikipedia. En clair, les outils open source sont généralement gratuits et chaque utilisateur peut regarder comment il fonctionne, voire même le modifier, chose impossible avec un logiciel propriétaire. La plupart de ces outils sont élaborés de façon collaborative, par une communauté souvent éclatée aux quatre coins du monde. Wikipedia, Firefox, Linux : nous utilisons quotidiennement, parfois sans le savoir, ces technologies open source.

Dans l'humanitaire, Open Street Map fait figure d'exemple. Ce projet de cartographie open source vise à créer une carte du monde ultra complète grâce aux contributions de centaines de milliers de volontaires à travers le monde. En cas de catastrophe naturelle, ses contributeurs sont prêts à se mobiliser rapidement pour faire évoluer les cartes. Lors du séisme de Haïti par exemple, celle de Port-au-Prince était devenue totalement obsolète, compliquant le travail des secours. La communauté Open Street Map s'était immédiatement mobilisée et, à partir d'images satellites, avait permis de mettre à jour très rapidement les données cartographiques.

Ce projet, parmi d'autres (lire le rapport Disaster Relief 2.0), a permis au monde de l'humanitaire de prendre conscience de l'importance de l'open source. Et a généré la rencontre entre ces deux communautés, si différentes. Vendredi dernier, quelques uns de leurs représentants étaient présents pour échanger sur le sujet, à l'occasion du Salon des Solidarités à Paris. Parmi lesquels Gaël Musquet, président d'Open Street Map France ou encore Antoine Petibon, de la Croix-Rouge. L'occasion de faire le point sur les principaux apports de l'open source à l'humanitaire.

Réactivité

Il n'y a pas qu'à Haïti qu'Open Street Map a su réagir avec rapidité et efficacité. Après le séisme qui a touché le Japon, les communautés ont tout de suite commencé à corriger les données existantes pour restituer des cartes fidèles à la situation post-tsunami. "Notre communauté est forte de 620.000 contributeurs, qui peuvent être des développeurs, des graphistes, des traducteurs", explique Gaël Musquet. "Ce vivier maintient un niveau d'activité permettant de répondre rapidement et efficacement en cas d'urgence". Idéal, donc, pour compléter le travail des ONG lors d'une situation de crise.

Accessibilité

La plupart des outils open source sont gratuits, téléchargeables et utilisables n'importe où dans le monde, des qualités très importantes pour les organisations caritatives. Qui plus est, la majorité d'entre eux fonctionnent sur des machines relativement anciennes, contrairement aux logiciels propriétaires qui, mise à jour après mise à jour, nécessitent d'investir dans un ordinateur plus performant. Grâce à l'open source, les habitants et ONG des pays en développement, où le matériel informatique disponible est souvent relativement ancien, peuvent s'équiper de logiciels fonctionnels, modernes et gratuits.

Fiabilité

La principale différence entre un logiciel open source et un logiciel propriétaire réside dans la transparence. Avec l'open source, l'utilisateur peut exactement savoir comment fonctionne son outil et se trouve ainsi à l'abri de mauvaises surprises. "A partir du moment où vous ne connaissez pas le code source de votre logiciel, vous avez toujours le doute qu'un éditeur en fasse quelque chose qui ne garantisse pas la confidentialité de vos données", explique Antoine Petibon de la Croix-Rouge. Ce qui s'avère particulièrement gênant quand, à l'instar de cette ONG, on manipule certaines informations sensibles. Qui plus est, que se passe-t-il si l'éditeur du logiciel propriétaire que vous utilisez fait faillite ? Que deviennent vos données, vos années de travail ? La question ne se pose pas avec l'open source, puisque vous disposez du code source du logiciel.

Adaptabilité

Les logiciels propriétaires sont rigides, là où les ONG ont besoin de flexibilité. Parce qu'elles travaillent dans différentes zones, sur des problèmes variables, avec des équipements qui ne sont jamais les mêmes. Grâce à l'open source, les logiciels utilisés peuvent être transformés en fonction des besoins. "On a la capacité d’interpeller rapidement la communauté pour faire évoluer l'outil, alors que sur un logiciel propriétaire, on est soumis aux updates", souligne Antoine Petibon. La Croix-Rouge a elle-même développé ses propres outils, notamment pour mieux coordonner son action en cas de crise. Elle a choisi de le faire en open source, "ce qui a permis à ce logiciel, créé en indonésien, d'être facilement traduit. Il existe désormais en anglais, en français, et bientôt en espagnol".

Quelques limites

Mais l'open source pose aussi quelques questions. Face à des humanitaires bien rodés, connaissant le terrain et les pièges de l'action d'urgence, les actions collectives des communautés open source, jeunes, inexpérimentées et dispersées, ne risquent-elles pas de créer plus de problèmes que d'en résoudre ?

Gaël Musquet, d'Open Street Map, se veut rassurant. "Il faut lire La cathédrale et le bazar. Ce texte explique que le bazar de l'open source, ce bouillonnement d'idées, est nécessaire. Mais une fois que les matériaux sont arrivés, les architectes doivent en faire un édifice structuré." Pour cela, Open Street Map a mis en place un processus de contribution très rigoureux, avec de nombreuses règles documentées, qui encadrent le travail de la communauté et le rendent cohérent. "Mais pour l'humanitaire, on dépasse un peu toutes ces problématiques car on est dans l'urgence". Quitte à générer du bazar... sur le terrain.

C'est ce qui s'est passé après le tsunami de 2004 : chacun a voulu prêter main forte, des tas de solutions – informatiques ou non, open source ou non – ont vu le jour et ont été appliquées dans l'urgence.... Et au final, ces initiatives sont arrivées "de façon désordonnée, et ont plus embouteillé l'aide qu'elles ne l'ont facilité", admet Antoine Petibon de la Croix-Rouge. "Mais certaines étaient excellentes. Finalement, de façon un peu naïve, des idées très intéressantes ont vu le jour."

> D'autres échanges enrichissants, tech & solidaires, ont eu lieu lors du Salon des solidarités.

Commentaires

Puisque tu m'y a invité, quelques précisions. Il faut remplacer dans l'article "open source" par "logiciel libre". La différence est ténue, mais se fait principalement au niveau de l'éthique.

Quasiment toutes les licences open source sont reconnues par la Free Software Foundation comme jugée libre. Au final, un logiciel open source est donc bien un logiciel libre. Cela dit, la différence est au niveau de l'éthique. (cf wikipédia: https://fr.wikipedia.org/wiki/Open_source )

Plutôt que de paraphraser la FSF, je vous renvoie à un de leurs articles qui montre bien les différences entres open source et logiciel libre

https://www.gnu.org/philosophy/free-software-for-freedom.html

Pour résumer (et donc, de fait, en forçant le trait) le logiciel lirbe a pour but de garantir la liberté de l'utilisateur et donc son indépendance vis à vis de qui que ce soit, alors que l'open source a pour but de permettre à une entreprise de vendre ds services au lieu de vendre des licences.

Au final, l'Open source peut être vue comme une tentative de récupération des thèmes du logiciel libre afin de préserver l'assise d'une industrie du logiciel.

Ouvrir ses sources ne suffit pas, il faut les donner à tous sans conditions.

Okhin.

Écrit par : okhin | 05/06/2012

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Pour précision, cet article a été écrit à la suite de la conférence "l'émergence d'un humanitaire open source" qui a eu lieu vendredi lors du Salon des Solidarités, organisée par le Groupe URD et Open Street Map.

http://www.salondessolidarites.org/visitez/programme/conferences/emergence-humanitaire-open-source-%5B228%5D
http://www.urd.org/
http://openstreetmap.fr/

Écrit par : Morgane (Tech Ethique) | 06/06/2012

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Le Collectif Emmabuntüs est heureux d'annoncer la sortie le 14 juillet 2012, de la première version stable d'Emmabuntüs 2 1.00 basée sur une Xubuntu 12.04. Cette distribution a été conçue pour faciliter le reconditionnement des ordinateurs donnés aux associations humanitaires, en particulier les communautés Emmaüs (d'où son nom) et favoriser la découverte de Linux and GNU par les débutants. Cette Millième distribution Linux se veut épurée, accessible, équitable.

http://sourceforge.net/apps/mediawiki/emmubuntu/index.php?title=July_14th,_2012,_the_Emmabunt%C3%BCs_2_make_his_Free_revolution/fr

http://sourceforge.net/apps/mediawiki/emmubuntu/index.php?title=Main_Page/fr

Écrit par : jean-marie | 18/07/2012

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