11/04/2012

Crowdmapper les violences sexuelles en Syrie

Les informations qui nous proviennent de Syrie sont rares, et concernent principalement les bombardements, les exécutions et les arrestations. Mais qu'en est-il des violences sexuelles ? Celles-ci augmentent systématiquement en cas de crise, qu'il s'agisse d'une guerre, d'une catastrophe naturelle, ou d'une crise humanitaire.

Pour qu'elles ne restent pas dans l'ombre en Syrie, le projet américain Women Under Siege, qui se bat contre le viol comme arme de guerre, a mis en place une carte interactive des violences sexuelles dans le pays, avec la technologie libre Ushaidi.

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Les agressions sont répertoriées par lieu, et en cliquant sur la carte, il est possible d'obtenir des informations plus détaillées sur chacune d'entre elles, notamment sur le type de violence, sur le profil de ou des agresseurs et aussi... sur la source de l'information.

Les limites du crowdsourcing en temps de guerre

Car c'est là que réside toute la difficulté du projet. Comment obtenir des informations fiables sur les violences sexuelles en Syrie, alors qu'il est quasiment impossible pour les Syriens de communiquer vers l'extérieur ? D'autant plus que les victimes risqueraient leur vie à témoigner, et Women Under Siege leur conseille d'ailleurs de ne pas le faire.

Le projet se base donc essentiellement sur des témoignages extérieurs, issus principalement de journalistes, de médecins, d'ONG et de réfugiés. Chacun peut témoigner sur le site, via l'application Ushaidi, par mail ou bien en utilisant le hashtag #RapeInSyria sur Twitter.

Mais ce type de crowdsourcing reste insuffisant, c'est pourquoi les membres du projet effectuent une veille active sur le net pour repérer et indexer toutes les mentions de violences sexuelles, qu'elles soient issues des internautes, des rapports des ONG ou d'articles de presse.

Des données incomplètes, mais utiles

On est donc loin d'un crowdmapping en temps réel, abondamment mis à jour et représentatif de la réalité du terrain. Les signalements sont rares, difficilement vérifiables et ne témoignent que d'une minuscule partie des violences sexuelles qui ont lieu en Syrie.

Quel est alors l'intérêt d'un tel projet ? Il sert avant tout à mettre en lumière ce phénomène, aux yeux du monde et notamment des dirigeants. Même si les données recueillies par Women under Siege sont incomplètes, elles témoignent tout de même d'une crise réelle et laissent entrevoir l'ampleur et la gravité des violences sexuelles en Syrie.

Convaincre les autorités d'agir

Women under Siege espère aussi que la masse de données permettra bientôt de distinguer les zones les plus touchées, afin d'adapter l'aide humanitaire en fonction de ces critères. A terme, ces informations pourront également être utiles pour convaincre les gouvernements et institutions internationales d'agir sur la question des violences sexuelles en temps de guerre, en Syrie ou ailleurs.

Mais surtout, la collecte de ces informations sert à éviter que ces violences ne sombrent dans l'oubli. Et à montrer aux agresseurs que leurs actes restent écrits, noir sur blanc, et ne laissent pas tout le monde indifférent.

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