15/06/2014

"A Blind Legend", un jeu vidéo sonore pour les non-voyants (et les autres)

"Le jeu vidéo est le premier bien culturel mondial, en terme de chiffres d’affaires, devant les livres ou le cinéma. Et pourtant, c’est le seul qui ne soit pas accessible aux non-voyants !" Pour y remédier, Pierre-Alain Gagne, gérant du studio lyonnais Dowino, développe avec son équipe le jeu A Blind Legend. Sur mobile, sans images, ce jeu d’aventure et d’action se base exclusivement sur le son et les vibrations de l’appareil pour guider le joueur.

Le pitch : vous incarnez un chevalier à la recherche de sa femme, enlevée par Thork qui - au passage - vous a crevé les yeux. Dans votre quête, vous serez guidé par votre fille Louise.

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"Notre principal travail est de créer un univers sonore en 3D, pour spatialiser le son", détaille Pierre-Alain Gagne. "Le joueur, avec de simples écouteurs, doit savoir que le son vient d’en haut à droite, de derrière lui à gauche… Cela est possible grâce au son binaural." Avec de simples écouteurs, le joueur est capable de percevoir la provenance des sons.

Démonstration avec ce trailer sonore un peu particulier, à écouter avec un casque :

Les premiers tests avec des personnes non-voyantes ont prouvé que le concept fonctionnait bien. Un peu trop même : "ils trouvaient le jeu trop facile ! Ils sont une capacité de spatialisation très forte, ils voulaient donc que le jeu aille plus loin". Les joueurs voyants, en revanche, ont eu beaucoup plus de mal à s’adapter. Mais l’idée les a enthousiasmés. "On s’est dit que les gamers aussi avaient besoin de nouvelles expériences. Le jeu vidéo classique a tendance à se répéter, il y a peu d’innovation de rupture. Là, ils doivent apprendre à ne pas se servir de leurs yeux, à voir avec le cerveau."

Crowdfunding

Il existe déjà quelques jeux pour non-voyants n’utilisant que le son. Mais ils sont rares sur mobile, et en français. Qui plus est, souligne Pierre-Alain Gagne, "il s’agit souvent de jeux simples, courts. Avec A Blind Legend, nous voulons réaliser un vrai jeu d’aventure, d’action, avec un scénario". Le jeu sera gratuit, et le studio espère gagner de l’argent grâce l’achat de vie supplémentaires, sur le modèle de Candy Crush.

A Blind Legend devrait sortir fin 2014, "si tout va bien", précise Pierre-Alain Gagne. En effet, le financement n’est pas encore bouclé et l’équipe fait appel au crowdfunding sur Ulule. Elle espère récolter 40.000 euros dans les 20 prochains jours. Les internautes ont déjà donné 30% de cette somme. Si ce projet vous plait, vous pouvez y participer ici.

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03/06/2014

Sleio, un moteur de recherche qui reverse ses bénéfices aux ONG

Google est un service gratuit. Et pourtant, quand vous l’utilisez, vous lui rapportez un peu d’argent, grâce à la publicité. Et si cette somme allait plutôt aux ONG ? C’est ce que propose Sleio, un nouveau moteur de recherche américain qui reverse 100% de ses profits à des organisations à but non-lucratif telles que WWF, Médecins sans frontières, l’Unicef ou encore Watsi. A vous de choisir, quand vous utilisez Sleio, celle qui touchera l’argent que vous générez. Il sera même bientôt possible de proposer de nouvelles organisations à qui donner.

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Contrairement à Google, Sleio ne tire pas ses revenus de la publicité. Le moteur de recherche touche en fait une commission quand ses utilisateurs cliquent ou achètent sur l’un des 30.000 sites de e-commerce partenaires. En revanche, les résultats de recherche, eux, sont exactement les mêmes, car Sleio se base sur Google pour répondre aux requêtes des utilisateurs.

Ce n’est pas la première initiative du genre. En France, un concept similaire avait vu le jour avec Veosearch. Malheureusement, comme l’indique désormais la page d’accueil, le projet a échoué, trop faible en fréquentation. Outre-Atlantique, le moteur de recherche Bene (anciennement Benelab, dont nous avions parlé ici), a quant à lui récolté quelques milliers de dollars. Créé par des étudiants américains, basé sur Bing, il reverse ses profits générés par la publicité à des ONG. Il souhaite désormais étendre ce modèle à d’autres services en ligne, afin de créer un "écosystème" proche de celui proposé par Google, mais à des fins charitables.

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29/04/2014

Moti, la boule robot qui joue avec les enfants autistes

Les robots peuvent-ils aider les enfants autistes à progresser ? C'est en tout cas ce que croit Ladislas de Toldi, cofondateur de la start-up Leka. Il a mis au point Moti, un petit robot en forme de ballon. Interview.

Moti, c’est quoi ?

C’est une nouvelle sorte de jouet. C’est une sphère de la taille d’un ballon de handball, qui contient un petit robot avec des roues, qui la font rouler. Elle se déplace, change de couleur, émet de la musique et réagit quand on interagit avec elle. Par exemple, quand l’enfant la saisit et la fait tourner, le robot se "débat", en essayant de remettre ses roues vers le bas. C’est une réaction qui intrigue l’enfant, qui l’incite à réagir.

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En quoi est-il utile pour les enfants autistes ?

L’idée est de se servir du robot pour faciliter les interactions de l’enfant avec les personnes de son entourage. Par exemple, quand Moti se coince, l’éducateur va demander à l’enfant d’aider le robot. Généralement, l’enfant le lui ramène, triomphant. L’éducateur joue avec ça. Moti peut aussi servir de "renforcateur", c’est à dire de récompense pour encourager un bon comportement, un progrès. Par exemple, un des enfants qui l’a utilisé adore quand il tourne sur lui-même avec une couleur verte. On a donc programmé le robot pour qu’il fasse cela quand l’enfant réussit un exercice.

Moti est donc personnalisable ?

Oui. Quand il sera disponible à la vente, une application permettra aux parents et aux éducateurs de le programmer facilement en fonction des besoins spécifiques de chaque enfant. Ils pourront également partager leurs programmes avec les autres.

robot,moti,jouet,autismeIl y a beaucoup de projets de robotique en lien avec les enfants autistes. Pourquoi ?

Le côté multi-sensoriel des robots leur plaît beaucoup : ils bougent, font de la lumière, émettent du son… Mais surtout, le robot est prédictible, infatigable, il n’est jamais de mauvaise humeur, ne fait pas de second degré… Il permet une stabilité. Ca permet à l’enfant d’être en confiance, de réduire son anxiété. C’est pourquoi il a plus de facilité à interagir avec le robot.

Moti permet aussi de récolter des données sur le comportement des enfants...

On manque de données sur l’autisme, c’est pourquoi ce handicap est encore mal connu. C’est compliqué d’envoyer des enfants dans des laboratoires pour les observer. On s’est donc dit qu’on pouvait enregistrer le comportement de l’enfant avec Moti : est-ce qu’il lui parle ? Est-ce qu’il s’énerve ? A quoi réagit-il et comment ? On pourrait alors analyser ces données pour améliorer le robot en fonction des besoins de chaque enfant. Mais cela nous permettrait aussi, plus globalement, d’en savoir plus sur l’autisme.

Où en êtes-vous du développement de Moti ?

Le premier prototype marche très bien, il a été testé avec beaucoup d’enfants, et les résultats sont prometteurs. Mais il n’est pas encore assez robuste, il faut qu’il soit très résistant, car ces enfants peuvent être très violents. Il faut qu’il puisse tomber du deuxième étage sans problème ! Nous travaillons donc sur une deuxième version. Nous cherchons encore 300.000 euros de financement, afin de commercialiser Moti entre septembre et décembre 2015.

Découvrez la vidéo de présentation de Moti :

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27/04/2014

TED talk : comment la robotique a changé la vie d’un tétraplégique

"Il y a cent ans, j'aurais été traité comme un légume. En fait, pas vraiment : Je serais mort." De sa voix synthétique, Henry Evans, paralysé et muet depuis une dizaine d’années après une attaque cardiaque, explique à une assistance fascinée comment les nouvelles technologies lui ont permis de "rester présent, mentalement actif et de sentir que je fais partie de ce monde".

A partir du lit de sa chambre, il donne une conférence à TEDxMidAtlantic, à 4500 kilomètres de là. Et ce grâce à un robot de téléprésence, un écran sur roulettes qu’il peut déplacer à sa guise et qui lui permet, par caméras interposées, de communiquer en vidéo. Dans sa vie quotidienne, il utilise également un robot doté de bras, qui lui permet par exemple de se raser, d’ouvrir la porte du frigo et d’effectuer de petites tâches. Plus récemment, il s’est aussi doté d’un drone, qui lui offre la possibilité de se promener virtuellement et même d’inspecter les panneaux solaires sur le toit de sa maison !

"Ces installations permettent aux personnes handicapées de pouvoir à nouveau explorer le monde extérieur. La robotique finira par fournir un terrain de jeu [...] où les handicapés seront capables d’effectuer les mêmes activités que tout le monde, et peut-être même plus."

> Regardez son intervention à TEDxMidAtlantic (10'20) :

TEDxMidAtlantic / octobre 2013

D'autres conférences TED tech & solidaires :
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> TED talk : l'artisanat technologique au service des plus pauvres
> TED talk : l'humanitaire à l'heure du numérique
> TED talk : l'open data au service de l'aide internationale

25/04/2014

"Alz" : un petit bijou du jeu vidéo contre Alzheimer

"Alz" est très court, quelques minutes à peine. Un graphisme simple, épuré. Un gameplay quasiment inexistant. Et pourtant, il est bouleversant. Son pari : nous plonger dans la vie quotidienne d'un malade d'Alzheimer. La maison, la rue, les boutiques, le bus... Au fil des tableaux, le joueur découvre les pensées du personnage et partage sa vision trouble de son environnement.

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Contrairement aux autres serious games qui souhaitent sensibiliser le joueur à une cause, "Alz" ne nous donne pas d'information sur la maladie, sur ses chiffres ou ses symptômes. Pas non plus d'appel à l'action type "donnez à la recherche", "pour en savoir plus sur Alzheimer, visitez ce site"... Le jeu se suffit à lui-même, sans prétention.

Développé en quatre jours

Et pour cause : le jeu a été développé en quatre jours par un étudiant américain, Dylan Carter, dans le cadre du Newgrounds Stencyl Jam 2014, un concours de création de jeux vidéo avec le logiciel Stencyl, qui permet de créer facilement des jeux sans savoir programmer. C'était le cas de Dylan Carter, qui n'avait jamais réalisé de jeu vidéo, jamais programmé et qui, de surcroît, avait mal compris la consigne : les participants avaient quatre semaines pour développer leur jeu.... et non quatre jours.

Résultat, une allégorie de la maladie d'Alzheimer, un jeu qui apporte avant tout du ressenti, et non de l'info. Dylan Carter le décrit d'ailleurs, dans une interview au site Animal, davantage "comme un court-métrage. Enfin, un court-métrage expérimental avec un tout petit peu d'interactivité".

>>> Jouer à Alz

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31/03/2014

Et si au lieu d’enrichir Google, vos données personnelles servaient une bonne cause?

Google, Facebook et compagnie raffolent de vos données personnelles : ces entreprises font leur beurre avec toutes les informations dont elles disposent sur vous, comme votre âge, vos goûts ou encore vos déplacements, qu’elles savent exploiter et revendre. Vos données valent de l’or. Alors pourquoi ne pas utiliser cette richesse pour servir de bonnes causes ?

C’est le pari de la coopérative TheGoodData, qui permet à ses membres de contrôler les informations qu’ils souhaitent laisser “filtrer” et les revend ensuite au profit de Kiva, un site de micro-crédit solidaire.

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Concrètement, TheGoodData fonctionne avec le plugin Disconnect, qu’il vous faut installer sur votre navigateur. Ce programme vous permet de sélectionner les entreprises avec lesquelles vous acceptez, ou non, de partager vos données quand vous naviguez sur internet - vous pouvez par exemple bloquer Facebook, qui vous traque même quand vous n’êtes pas sur son site. Les données que vous acceptez de partager seront revendues par TheGoodData, qui reversera tous ses bénéfices à Kiva.

Choquant ?

La démarche a de quoi choquer. Alors qu’une grande partie des internautes prend conscience, et s’en insurge, de l’exploitation faite des données personnelles, TheGoodData considère cette pratique comme un simple acquis. Marcos Menendez, à l’origine de ce projet, assume à 100% : “Les données sont une nouvelle source de richesse, comme l’a été l’agriculture, le pétrole ou l’industrie”, affirme-t-il au site FastCoExist. “Ces temps-ci, nous perdons le contrôle de ces données. Ce que j’ai voulu faire, c’est créer une entreprise qui nous permette de jouir de la propriété de ces données”.

Pas sûr que les internautes se ruent sur l’occasion. Mais les mentalités évoluent, d’autant plus que certaines entreprises, à but très lucratif cette fois, y travaillent avec beaucoup d’énergie. Datacoup, par exemple, propose de vous rémunérer 8 dollars par mois pour récolter et revendre vos données au plus offrant...

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